Deux TPE et PME sur trois ont une sauvegarde externe de leurs données, selon le baromètre France Num publié fin septembre. C'est une bonne nouvelle. Mais une sauvegarde copie le fonds tel qu'il est, désordre compris, et les guides officiels demandent d'abord de savoir ce qui compte. Cet article explique cette différence, et comment vérifier de quel côté vous êtes.
Voici ce que contient une sauvegarde faite hier soir.
Le contrat signé avec votre principal client, et ses trois brouillons, dans trois dossiers différents. La facture du transporteur, et la même facture reçue une deuxième fois par courriel. Le bail des locaux, scanné il y a six ans, que personne ne peut retrouver en tapant un mot. Un dossier « Divers 2019 » de quatre cents fichiers. Et le tableau des tarifs, en version « finale », « finale 2 » et « finale OK ».
Tout y est. Rien ne manque. Et c'est exactement le problème.
Une sauvegarde protège contre la perte. Elle ne protège pas contre le désordre : elle le recopie, fichier par fichier. Le jour où il faut s'en servir, vous récupérez vos documents. Vous ne récupérez pas la capacité de les retrouver.
Que garde une sauvegarde ?
Elle garde l'état de vos fichiers à un instant donné. C'est sa fonction, et elle la remplit bien. 67 % des TPE et PME interrogées par France Num en ont une. Le baromètre la cite parmi les principales mesures de protection, avec l'antivirus.
Mais une sauvegarde ne fait aucun tri. Un brouillon y vaut autant qu'un contrat signé. Une version périmée y vaut autant que la bonne. Un scan illisible par une machine reste illisible, comme nous l'avons expliqué à propos des documents scannés qu'aucune recherche ne trouve.
Que demandent les guides officiels ?
Le site public Cybermalveillance.gouv.fr publie une fiche de bonnes pratiques sur les sauvegardes, mise à jour le 14 septembre 2026. Son troisième conseil est clair : « Il n'est pas toujours possible ni nécessaire de sauvegarder la totalité de ses données. Sélectionnez donc les données à protéger. »
Pour choisir, la fiche propose deux questions. Quelles données ne peuvent pas être récupérées ailleurs en cas de perte ? Lesquelles consultez-vous régulièrement ?
Ce sont de bonnes questions. Mais pour y répondre, il faut savoir ce que l'on a. Où sont les contrats en cours ? Lesquels sont signés ? Quelle version du tarif est la bonne ? Le conseil suppose un fonds connu. Et un fonds connu ne se décrète pas : il se construit.
Dans quel ordre restaurer ?
L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) a publié en novembre 2025 un guide sur les fondamentaux de la sauvegarde. Il demande de définir un ordre de restauration. Les critères cités sont la dépendance aux services d'infrastructure, la « criticité des applications métier », la durée et le mode de restauration.
Ces critères parlent de systèmes et d'applications. C'est leur rôle : on remet d'abord en marche ce qui fait tourner le reste. Mais ils ne disent pas quels documents il faudra retrouver en premier quand tout sera revenu.
Que cherche-t-on le lendemain ?
Le lendemain d'une restauration, personne ne demande si le serveur fonctionne. On demande le bail, parce que l'assureur le réclame. On demande le dernier contrat signé avec un client. On demande l'attestation qu'un donneur d'ordre exige avant lundi.
Et l'on se retrouve devant les mêmes dossiers qu'avant, avec les mêmes noms de fichiers et les mêmes doublons. La sauvegarde a rendu le fonds. Elle n'a pas rendu le chemin vers la bonne pièce, celui que l'arborescence de dossiers ne suffit plus à donner.
Que ne savons-nous pas ?
Nous ne savons pas combien de temps il faut, en moyenne, pour retrouver un document après une restauration. Nous n'avons trouvé aucune source publique qui le mesure, et nous n'avançons pas de chiffre. Nous ne savons pas non plus si les entreprises qui ont une sauvegarde la testent : le baromètre ne le dit pas. Les deux guides le recommandent.
Savoir ce qu'on a, avant d'avoir à le restaurer
Une précision d'abord : MIKURA ne remplace pas une sauvegarde. Les deux se complètent. La sauvegarde garde vos fichiers. MIKURA vous permet de savoir ce qu'ils sont.
Concrètement, chaque document déposé est lu, identifié et classé : un contrat est reconnu comme un contrat, avec son client et sa date, une facture comme une facture, un bail comme un bail. Le fonds cesse d'être une suite de dossiers dont seul le créateur connaît le sens. Il devient une liste de pièces dont on sait la nature.
C'est ce qui permet de répondre au troisième conseil de Cybermalveillance.gouv.fr. Choisir les données à protéger devient possible quand on peut dire : voici nos contrats en cours, nos baux, nos attestations.
Les doublons et les versions concurrentes, eux, sont tranchés au fil des dépôts. Quand deux pièces se ressemblent trop pour que l'assistant décide seul, elles partent en bannette et une personne choisit laquelle fait foi. Ce qui est copié le soir dans la sauvegarde est donc un fonds où la bonne version est déjà désignée.
Une sauvegarde répond à la question « ai-je encore mes fichiers ? ». La question que se pose un dirigeant le lendemain d'un incident est autre : où sont mes documents, et est-ce que je les retrouve sans chercher ?
Posez cette semaine une question à la personne qui gère vos sauvegardes : si l'on restaurait tout ce soir, combien de temps faudrait-il demain pour retrouver le bail des locaux et le dernier contrat client ? Sa réponse montre ce que votre sauvegarde ne sauvegarde pas.
Sources
- Ministère de l'Économie, communiqué de presse n° 1062, « Baromètre France Num 2026 : quatre TPE PME sur dix utilisent désormais l'intelligence artificielle », 28 septembre 2026. Consulté le 1er octobre 2026.
- Cybermalveillance.gouv.fr, « Pourquoi et comment bien gérer ses sauvegardes ? », fiche bonnes pratiques, mise à jour le 14 septembre 2026. Consulté le 5 octobre 2026.
- ANSSI, « Sauvegarde des systèmes d'information : les fondamentaux », ANSSI-BP-100, version 1.1, 27 novembre 2025, recommandations R22 et R23. Consulté le 5 octobre 2026.